Alice Suret-Canale

Titre de la thèse : L’empreinte numérique, épreuve plastique du virtuel

Sous la direction de : Chu-Yin Chen.

Mots-clés : esthétique, numérique, cinéma, cinéma d’animation, court métrage, nouveaux médias, image de synthèse

Photo d'AlicePar un jeu de forces et de pressions d’un élément sur un autre, comme une paume de main sur la glaise, une image s’est formée, primitive, brute, matière contre matière. L’empreinte ainsi créée conserve la trace de cette contiguïté passée, de ce dialogue aujourd’hui révolu avec cet autre matériau, cet autre substrat. En en portant la mémoire à travers les âges, dans l’épaisseur et le relief de sa matière, l’empreinte en exprime la substance, l’idée, caractéristique immuable et pérenne de la matière qui lui survit éternellement.

Partant de cette analogie avec la matière qui fait signe, la matière comme preuve et épreuve de la matière, il s’agit de discerner la substance du médium numérique, de s’attacher à définir ce qui fait son idée, sa touche, ce qui caractérise sa pensée esthétique par et par delà l’outil numérique. La touche, lieu de coïncidence entre matière et manière, poinçon et signature, est l’élément saillant qui témoigne à la fois de la singularité de l’auteur et de la substance de son outil, l’empreinte qui fait état d’une matière, d’une histoire et d’un sens.
L’empreinte numérique, symbole de la bonne conjonction entre l’artiste et son outil, garante du sens, de la personnalité et de la profondeur d’une oeuvre, illustre donc un idéal à atteindre. Un idéal qui se fait l’envers du langage développé en image de synthèse dans sa forme cinématographique qui, en considérant le numérique comme outil avant de l’envisager comme médium, pense la simulation en dyslexie de représentation. Se sachant “faux” au lieu de s’efforcer à faire “vrai”, l’empreinte numérique s’incarne dans une démarche de création qui cherche à dépasser sa valeur reproductive pour trouver sa valeur productive, en assumant le matériau numérique, en en revendiquant la singularité plastique, et en affirmant que l’expressivité cinématographique peut se déployer à travers la forme la plus simple, la moins réaliste ou la plus brute.
A travers le prisme du film d’animation en image numérique, et en particulier du film de court métrage, cette thèse visera à définir comment les nouvelles techniques et outils numériques influent sur l’esthétique de cette forme audiovisuelle, quelles nouvelles formes, idées et sensibilités dans le paysage du film d’animation contemporain, avec des films comme The External World de David OReilly, peuvent être perçus comme nées d’un changement

dans le contexte de création et inspirés par ces nouveaux outils. A la suite de la réflexion initiée par Lev Manovitch dans le Langage des nouveaux médias, nous nous demanderons comment cinéma et nouveaux médias se modèlent réciproquement pour former le vivier de création dans lequel puise et évolue le court métrage d’animation d’aujourd’hui, d’un point de vue esthétique et narratif, et comment les nouveaux modes de diffusions initiés par le numérique modifie notre rapport à l’oeuvre, que l’on soit auteur ou spectateur.